Le médecin du travail d’IBM La Gaude, lâché par sa propre hiérarchie, par la CGT IBM La Gaude

Contre toute attente, son confrère le medecin inspecteur, le Dr M.H. CERVANTES, chargée d’une enquête contradictoire sur le remplacement du Dr Garoyan, a suivi les griefs fantaisistes exposés par la direction IBM La Gaude. Déjà durement touché par la vente forcée du personnel de support réseau à ATT, les salaries d’IBM la Gaude sont sous le choc et l’ambiance se dégrade.

Le 30 juillet dernier, par une simple lettre d’information, la direction d’IBM glissait à l’ordre jour du CE d’IBM La Gaude une demande de remplacement du médecin du travail du site, le Docteur Garoyan, pour un prétendu manque de communication. Cette demande de remplacement faisait curieusement suite à un mail du Dr Garoyan à la direction médicale d’IBM le 27 juillet dans lequel il alertait sur la santé très dégradé d’une population de salariés et il ajoutait même que la direction porterait la responsabilité si un suicide survenait.

Au beau milieu d’une enquête du CHSCT en "suspicion de harcèlement moral", La CGT prenait alors la défense du Docteur Garoyan et faisant intervenir l‘inspecteur du travail qui débarquait sur le site le 22 août pour rappeler à la direction d’IBM la procédure légale non respectée en la matière (article 241-31-1 du code du travail). Sur ce la direction convoquait le 12 Septembre en bonne et due forme les membres du CE de La Gaude pour statuer sur un demande explicite de remplacement du Dr Garoyan. Les motifs exposés par la direction s’étaient pour l’occasion étoffés. Les neuf membre du CE votèrent NON à l’unanimité pour conserver sur le site ce dernier rempart contre les cadences infernales dont les cadres font désormais les frais. En effet, déjà en mars 2007, dans son rapport annuel de la médecine du travail remis au CHSCT, le Docteur Garoyan avait été le premier à oser relever un facteurs de stress important à La Gaude causé d’après ses constats par trois raisons majeures depuis longtemps décriées par la CGT : "la personnalité de certains manageurs, la surcharge de travail et le principe de notation" sur une échelle de 1 à 4. (1 c’est le nirvana, jamais atteint et 4 c’est la porte). Il avait, qui plus est, entamé une enquête sur le stress qui révélait un taux de 30 % d’insomniaques à La Gaude (énorme !)

Et de là démarra un bras de fer entre une direction retorde qui reprochait de ne pas arrondir les angles (cf Le monde du 26 Octobre 2007) et un médecin entier, indigné de cette ingérence dans son travail et bien décidé à ne pas se laisser dicter ses diagnostiques. Soutenu par les cinq organisations syndicales et par le personnel trop heureux de détenir enfin leur héros (c’est le 3ième médecin en 4 ans), le dr Garoyan affichait son intention de poursuivre sa mission avec altruisme et détermination.

Un courrier de l’inspection du travail en date du 18 septembre 2007 lui donnait raison dans son combat : une "mise en demeure du directeur départemental du travail" invitait "expressément [la direction d’IBM] à réaliser une évaluation des risques professionnels de souffrance mentale existant dans son établissement". Sur les alertes de souffrances morales, Le docteur Garoyan est cité comme ayant "alerté plusieurs fois et dès le début du mois d’août 2007 la direction d’IBM La Gaude" qui "n’a pas donné suite aux solutions recommandées par le médecin".

La presse local et nationale s’empara alors de cette affaire, une première en 45 ans d’existence du site d’IBM la Gaude.

Du coup, pour contrer le vote du CE favorable à la présence de ce médecin devenu gênant, la direction IBM lança en Octobre 2007 un recours hiérarchique auprès de la Médecine Inter Régionale du Travail (MIRT) qui diligenta le Docteur inspecteur Marie Hélène CERVANTES pour réaliser une enquête contradictoire sur place en Novembre 2007. Durant son enquête la Dr CERVANTES recueillit notamment les témoignages des membres du CE et du CHSCT, confiants face à celle qu’ils prenaient pour une alliée et tous acquis à la cause du Dr Garoyan devenu le seul capable de faire obstacle aux pressions sans cesse grandissantes et à la souffrance des cadres surmenés d’IBM La Gaude.

Et pourtant, contre toute attente, le Dr Garoayan nous a appris par un courrier de l’inspection du travail daté du 27 Novembre que sa propre confrère, la Dr inspecteur M.H CERVANTES avait donné un "avis favorable"" à la demande de remplacement du médecin du travail sur le site d’IBM La Gaude. L’inspecteur du travail n’a pu qu’entériner l’avis hiérarchique : "il ressort ainsi de l’enquête que si le Dr Garoyan est perçu favorablement par le personnel pour sa compétence et sa disponibilité lors d’examens médicaux, son implication réduite en milieu de travail et son absence d’approche partenariale des problèmes de santé au travail, s’avèrent non compatibles avec la prise en charge d’un établissement de la taille d’IBM La Gaude".

En bref, le médecin inspecteur, le Dr CERVANTES, note chez le Dr Garoyan un manque d’investissement sur le site d’IBM La Gaude alors qu’il n’exerce qu’un tiers temps par semaine (1) sur décision de la direction IBM qui n’a pas voulu renouveler en 2002 le poste à plein temps du Docteur Paquet, mis en retraite anticipé (2).

La lecture de cette enquête, qui ne tient que sur une seule page A4, démontre en fait que le docteur CERVANTES a permis le limogeage du docteur Garoyan uniquement sur des questions de forme "des poux dans la tête", comme il le dit lui-même, et ce malgré le soutien unanime du personnel. Aucun reproche ne lui est fait quand à ses compétences sur le fond. Comment le pourrait elle d’ailleurs puisque le (bon) travail du docteur Garoyan est cité comme un des éléments ayant justifié la mise en demeure à IBM par la direction départementale du travail le 18 septembre. Il y a là un comble et un scandale ! Quel médecin va réaliser dorénavant l’évaluation des risques professionnels de souffrance mentale exigée par cette mise en demeure ?

En fait, à travers les raisons fantaisistes invoquées par sa hiérarchie médicale, il est reproché en filigrane au Docteur Garoyan la forme de sa "communication", plus exactement la franchise de ses diagnostiques et surtout la source qu’il donne au stress subi par le personnel. Ce faisant, il remet directement en cause l’organisation même de l’entreprise épris d’une insatiable rentabilité. D’où cette enquête des plus sommaires faite à charge et plus grave, sans tenir compte des principaux intéressés, c'est-à-dire les salariés.

Le dernier verrou contre le productivisme à outrance et la rentabilité a tout prix vient de sauter. Les salariés vont encore plus souffrir car le prochain médecin, si tant est que l’un d’eux accepte le poste, sera choisi pour sa soumission aux ordres de la direction. Le personnel est le plus à plaindre et se trouve en état de choc. Le Dr Garaoyan est l’un des rares à avoir osé défendre un tant soit peu la cause des salariés face à la toute puissance des actionnaires et de la direction à ses ordres. Le personnel d’IBM va dorénavant droit vers un gouffre sans limite, la porte est grande ouverte maintenant aux abus de toutes sortes dans les autres sociétés qui observaient de près cette affaire à IBM La Gaude.

Conseillé par toutes les organisations syndicales d’IBM La Gaude, Le Dr Garoyan a décidé de contester cette décision inique en usant de son droit de recours auprès du ministre. Mais, en attendant le résultat, son "changement d’affectation" est à effet immédiat et il doit quitter La Gaude pour le plus grand malheur du personnel qui lui accordait toute sa confiance. La Dr CERVANTES condamne ainsi les salariés d’IBM La Gaude à rester seuls avec leur souffrance et leur ambiance morbide. Si l’un d’eux se suicide, qui sera responsable in finé ? Le Dr CERVANTES ou bien la direction IBM ?

(1) Le docteur Garoyan est salarié de l’AMETRA (Association de la Médecine du Travail) et est affecté dans plusieurs entreprises ou il effectue des permanences.

(2) Le Docteur Paquet était salarié d’IBM à plein temps et bien qu’il lui manquait une année d’annuité, la direction l’a intégré d’autorité dans un plan de départ anticipé alors qu’il était de plus en plus sollicité par les salariés pour rédiger des rapports sur les conditions de travail.

PS : l’inspecteur du travail n’est pas a blâmer pour la décision administrative qu’il a du entériner. Il s’est basé sur les conclusions du médecin inspecteur le Docteur M.H CERVANTES qui a mené une véritable enquête à charge contre son confrère le Docteur Garoyan… et finalement contre tous les salariés en souffrance sur le site d’IBM La Gaude.

1 commentaires:

CGT a dit…

Un salarié d'IBM décède à son poste de travail !!
Commentaires de Serge Kerloc'h , delegeu du personnel IBM La Gaude.

"La direction d'IBM La Gaude reste néanmoins mise en demeure par décision du 18 septembre 2007 de la Direction du travail "d'évaluer les risques de souffrance mentale existant sur le site". Le docteur Garoyan nous a affirmé vouloir participer à cette évaluation."

Par ailleurs, ce que hélas nous craignons est arrivée : nous avons eu le regret d'apprendre le jeudi 03 janvier la mort brutale d'un de nos collègues de travail. Spécialiste en réseaux informatiques, il s'est éteint dans la nuit du 02 au 03 janvier, victime d'une crise cardiaque à l'age de 50 ans. Il travaillait dans le département NSD (Network Service Delivery) d'IBM Clermont Ferrant et faisait partie du groupe de salariés vendus à ATT.... en plein plan social. C'est justement ce type de gestion du personnel qu'a pointé le Dr Garoyan comme étant une source de souffrance."

"Le parallèle peut être fait avec des événements sociaux survenus à IBM Corbeil en 1993 (grève, occupation d'usine) durant lesquels deux salariés s'étaient suicidés.

Au vu de du contexte extrêmement stressant dans lequel le personnel d'IBM est obligé de travailler (éviction annulée du médecin du travail, licenciements déguisés vers ATT, un suicide l'an dernier, notation culpabilisante) la CGT d'IBM La Gaude a plusieurs fois évoqué auprès de la direction et du préfet sa crainte de voir un salarié d'IBM au bout du rouleau mettre fin à ses jours comme l'un d'eux a déjà publiquement menacé de passer à l'acte sur le forum du journal 01-Informatique"(" Les salariés d'IBM La Gaude au bord de la crise de nerfs")

Le personnel IBM a dors et déjà diligenté le CHSCT pour conduire une enquête sur les causes du décé de notre malheureux collègue.... qui s'avere être mort devant son PC à 2 heures du matin en dépannage clientèle. Comme il était en astreinte (au travail effecfif) le contexte correspind a un accident de travail.

La CGT considère que la direction portera l'entière responsabilité si un suicide survenait ou si une conséquence dramatique à la souffrance mentale endurée par le personnel venait à être confirmée".